Environnement : habiter "écolo" en 2020

Pour tenir l'engagement de la loi de 2005 - diviser par quatre les émissions de gaz à effet de serre -, le Grenelle de l'environnement a fixé un triple objectif pour tous les logements d'ici à 2020 : réduire de 20 % ces émissions ; réaliser 20 % d'économies d'énergie ; dépasser le seuil de 20 % d'énergies renouvelables. Plusieurs mesures encore débattues devront être

fixées par une loi à venir en janvier 2008.

Depuis 1974, une réglementation thermique (RT) fixant des niveaux maximaux de consommation des bâtiments neufs est imposée aux constructeurs. Depuis 2000, les seuils baissent de 15 % tous les cinq ans. Le dernier texte en vigueur, la "RT 2005", fixe une exigence de consommation maximale de 80 à 250 kWh par mètre carré et par an, soit 105 kWh/m² par an en moyenne.

Le rythme doit s'accélérer, et les nouvelles constructions devront respecter, à partir de 2010, la réglementation "très haute performance énergétique" (THPE), qui impose une consommation inférieure de 20 %. Un tiers d'entre elles devront déjà être à basse consommation (moins de 50 kWh/m2 par an) ou, mieux, passives (moins de 15 kWh/m2 par an), voire à énergie positive (produisant plus d'énergie qu'elles n'en consomment). En 2012, les logements neufs à basse consommation seront la règle ; en 2020, la construction à énergie positive sera la norme.

Pour les professionnels du bâtiment, c'est une révolution. Les techniques pour créer des bâtiments économes en énergie existent, mais beaucoup sont expérimentales, et il faut passer à l'échelle industrielle... Des ossatures bois, acier, béton ou mixtes, et des éléments de cloisons préfabriqués en usine avec isolation extérieure devraient remplacer le béton. Jean-François Gabilla, président de la Fédération française des promoteurs, estime le surcoût à 8 % pour la THPE, de 15 % à 18 % pour la basse consommation.

Pour les logements anciens, la consommation énergétique doit diminuer de 12 % d'ici à 2012 (soit 210 kWh/m2 par an), et de 38 % en 2020 (150 kWh/m2 par an). La mise aux normes accélérée des HLM, en commençant par les 800 000 habitations les moins performantes, sera encore plus draconienne.

 

FREINS JURIDIQUES

 

En France, 31,3 millions de logements consomment en moyenne 240 kWh/m2 par an, soit près de deux fois plus que le but fixé ! 19 millions de ces logements (61 %) datent d'avant 1975 et les premières réglementations. Les maisons, majoritaires en France, consomment deux fois plus que les appartements. Les performances du parc social (4,2 millions de logements) sont un peu meilleures (160 kWh/m2 par an).

La loi du 9 décembre 2004 transposant la directive européenne sur le diagnostic de performance énergétique (DPE) rend cette expertise obligatoire lors de la vente ou de la location d'un logement. Les logements sont classés en sept catégories, de A, meilleure consommation (inférieure à 50 kWh/m² par an), à G, la plus mauvaise. Selon un sondage de l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe), en 2007, cette DPE, qui ne fait qu'indiquer les travaux à engager, n'influence guère la décision d'acheter, de louer ou de faire des travaux. Le défi lancé au parc ancien se heurte à des obstacles. L'isolation des bâtiments pose des problèmes pratiques : par l'intérieur, avec un minimum de 10 centimètres d'épaisseur, elle prend de la place ; par l'extérieur, elle modifie les façades, donc la physionomie des villes. Pour les maisons individuelles, Geoxia, première société du secteur (Maisons Phénix, 200 000 unités vendues depuis 1946), réalise environ 4 000 transformations-rénovations par an et améliore leurs performances énergétiques.

Les investissements seraient considérables : 600 milliards d'euros, soit de 15 000 à 25 000 euros par appartement. Or 84 % des logements à rénover appartiennent à des propriétaires privés, qu'il faut convaincre et rendre solvables. "Le chemin commence par une attention aux plus fragiles", indique Philippe Pelletier, président de l'Agence nationale de l'habitat (ANAH), auteur du rapport "Amélioration énergétique du parc de logements existants". Les ménages modestes, premières victimes de la hausse des prix de l'énergie, sont les moins à même de financer des travaux de réhabilitation durable. M. Pelletier exclut de jouer la coercition : "Il faut d'abord donner envie, par une impulsion aux plus innovants."

Un crédit d'impôt de 1,9 milliard a été consenti en 2006 - deux fois plus que prévu. "Cela encourage essentiellement des achats d'équipements, nouvelles chaudières ou fenêtres, mais pas assez l'isolation des murs, une des sources d'économie les plus efficaces", regrette Pierre Hérant, chef du département bâtiment et urbanisme à l'Ademe. Le rapport Pelletier évoque aussi des aides majorées pour les projets ambitieux, l'indexation de la taxe d'habitation sur la performance énergétique, des provisions affectées à des améliorations énergétiques dans les copropriétés...

Les freins juridiques pourraient être délicats à lever. Une rénovation d'immeuble ne peut se concevoir que dans son ensemble, et non appartement par appartement, au gré du changement de propriétaires. L'isolation par l'extérieur peut empiéter sur la parcelle voisine ou la voie publique. "Ce nouveau droit devra passer devant d'autres, tranche M. Pelletier. Le propriétaire, responsable des travaux, est incité à l'inertie. Le locataire, dont l'intérêt est de voir ses charges baisser, ne peut les impulser : il faudrait inventer un dispositif où chaque partie soit gagnante."

Un chantier coûteux et complexe s'ouvre donc, cependant aux retombées positives : baisse de la facture énergétique, création d'emplois dans le bâtiment et amélioration du confort des logements.

Source : lemonde.fr

Dernière mise à jour : ( 13-12-2007 )