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Cinq banques centrales unies pour éviter une récession Version imprimable Suggérer par mail
Du jamais-vu depuis les attentats du 11 septembre 2001. Les banques centrales des plus grands pays industrialisés ont lancé, mercredi 12 décembre, une vaste opération concertée sur les marchés du crédit pour tenter d'apaiser les tensions croissantes nées de la crise des subprimes. La Réserve fédérale américaine, la Banque centrale européenne (BCE), la Banque nationale suisse, la Banque d'Angleterre et la Banque du Canada ont annoncé une série de mesures techniques destinées à offrir des liquidités – de l'argent frais – à un système bancaire au bord de l'asphyxie. Le caractère exceptionnel de cette opération reflète l'aggravation récente de la situation, cinq mois après le début de la crise des crédits hypothécaires américains à risque. Au départ, le coût de cette dernière avait été évalué à une centaine de milliards de dollars. Depuis, il n'a pas cessé d'être revu à la hausse, passant à 400 milliards de dollars, puis 500, et aujourd'hui 2000 milliards de dollars. La crise des subprimes prend des allures de gouffre sans fond.

Surtout, si elle n'avait affecté initialement que des petits établissements financiers spécialisés dans la distribution de crédits immobiliers à des ménages modestes, elle touche désormais les plus grandes banques de la planète. Au cours des dernières semaines, les présidents de deux des plus grandes institutions de la finance américaine, Merrill Lynch et Citigroup, ont, devant l'ampleur des pertes subies, dû démissionner. En Angleterre, la quasi-faillite de la Northern Rock a provoqué un mouvement de panique des clients comme il n'en avait pas été vu depuis les années 1930.

Mardi, le géant suisse UBS a annoncé des dépréciations d'actifs supplémentaires de 10 milliards de dollars. Et il a dû faire appel d'urgence à un fonds d'Etat de Singapour pour le secourir. Même les banques françaises, dont on avait longtemps affirmé qu'elles étaient à l'abri grâce à l'efficacité des systèmes de contrôle, sont touchées. C'est le cas de Natixis et, a-t-on appris en début de semaine, de la Société générale.

L'ÉCONOMIE RÉELLE PAS AFFECTÉE

Dans une sorte d'effet papillon, la crise des subprimes affecte toute la finance mondiale : plusieurs petites villes norvégiennes proches du cercle polaire se retrouvent en banqueroute parce qu'elles avaient investi dans des produits hypothécaires américains.

De façon miraculeuse, ce choc bancaire et financier majeur – le plus important depuis la crise asiatique il y a dix ans – n'a guère affecté pour le moment l'économie réelle. La croissance américaine du troisième trimestre a approché les 5 %. Mais les économistes sont de plus en plus nombreux à prédire le pire, c'est-à-dire l'entrée en récession, au début de l'année prochaine, de la première économie mondiale.

C'est pour éviter ce scénario catastrophe que la Réserve fédérale a décidé, avec les autres grandes banques centrales, d'agir énergiquement. Leur objectif est d'empêcher que les pertes des banques n'incitent celles-ci à prêter moins d'argent aux entreprises et aux particuliers. Un "credit crunch", une restriction de crédit, aurait des conséquences potentiellement catastrophiques pour les investissements industriels et pour la consommation des ménages.

Mardi, la Fed avait déjà annoncé une baisse d'un quart de point de son principal taux directeur. Mais cette mesure a été jugée insuffisante, au vu de l'ampleur de la crise, par les milieux économiques et financiers. Reflet de cette déception, Wall Street avait terminé, mardi, en forte baisse. Surtout, les tensions sur les marchés monétaires internationaux se sont à nouveau brusquement accrues, décidant les banques centrales à lancer une vaste opération concertée d'injection de liquidités. Il s'agit de "réduire les pressions sur les marchés de financement à court terme", a expliqué la Fed dans un communiqué.

Signe du caractère exceptionnel de la situation, la Réserve fédérale américaine a choisi de créer un nouveau système d'allocation par enchères, des "facilités temporaires". Elles seront accordées en contrepartie du dépôt d'une très grande variété d'actifs, même risqués. Les banques pourront ainsi beaucoup plus facilement se procurer les liquidités auprès de l'institut d'émission.

CONTENIR LES PRESSIONS SUR LE MARCHÉ MONÉTAIRE

"Le nouveau système d'adjudication créé à titre provisoire par la Réserve fédérale est perçu comme une manière d'injecter des liquidités dans le système bancaire plus efficacement qu'une baisse du taux d'escompte", a expliqué un représentant de la Fed lors d'une conférence téléphonique.

"Il ne s'agit pas de venir en aide à telle ou telle institution financière qui présenterait des problèmes particuliers, a-t-il ajouté. Il s'agit de faire fonctionner le marché." Pour Brian Dolan, stratège spécialisé sur le marché des changes, chez Forex.com : "à très court terme, c'est fortement positif pour les actifs plus risqués. La Fed avait ce plan dans ses cartons et attendait aujourd'hui pour l'annoncer." Frapper les esprits. La banque centrale américaine a prévu deux adjudications d'ici la fin de l'année, chacune d'un montant de 20 milliards de dollars (13,5 milliards d'euros). La BCE a de son côté annoncé deux opérations libellées en dollars, aux mêmes dates, et d'un montant maximum de 10 milliards de dollars chacune.

Cette action concertée était prévue "depuis un certain temps", a pour sa part précisé à des journalistes le vice-président de la BCE, Lucas Papademos. "Ces opérations ne visent pas à répondre aux besoins de telle ou telle institution. Elles visent à alléger et contenir les pressions sur le marché monétaire", a-t-il lui aussi souligné.

Même la Banque d'Angleterre, qui s'était longtemps montrée très réticente à l'idée d'injecter des liquidités pour secourir ses banques, s'est jointe à l'opération.

DES INVESTISSEURS TOUJOURS INQUIETS

L'action coordonnée et massive des banques centrales vise à frapper les esprits et à rassurer les milieux financiers. Dans les minutes qui ont suivi son annonce, Les indices boursiers, qui étaient depuis le début de la journée orientés à la baisse, sont repartis légèrement à la hausse.

A New York, le Dow Jones a terminé la séance en hausse de 0,31%. En Europe, la tendance a été similaire. Francfort a fini sur un gain de 0,83%, Londres de 0,35% et Paris de 0,32%. L'indice européen Eurostoxx50 qui comprend les meilleures valeurs de la zone euro a gagné 0,44%.

La réaction modérée sur les marchés boursiers reflète toutefois l'inquiétude persistante des investisseurs. Car si, comme le note Jean-Louis Mourier, économiste chez Aurel Leven, les interventions des banques centrales "apportent une véritable bouffée d'oxygène aux établissements financiers et atténuent le risque de credit crunch à court terme", elles démontrent aussi, a contrario, par leur caractère exceptionnel, la gravité de la crise bancaire qui dure depuis cinq mois.


Source : lemonde.fr

 
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